Saint-Tropez. L’orage, Paul Signac, 1895
by Vincent on juil.16, 2009, under NEO-IMPRESSIONNISME, SIGNAC Paul
Paul Signac, Saint-Tropez. L’orage, 1895
Huile sur toile, Signée et datée en bas à gauche: P.Signac 95, 46 x 55 cm
St Tropez, musée de l’Annonciade
- Le 10 Juin 1895, Signac notait avec impatience dans son Journal: » Toujours des orages et de la pluie. Ce n’est plus là notre Midi. Et comme ce temps gris si beau dans le Nord est vilain par ici. (…) Je mets en train trois toiles: Un – des bateaux et le phare à contre-jour – au soleil couchant… Les maisons du port en pleine lumière blanche se détachant sur le violet très sombre d’un ciel d’orage, l’eau glauque. Une petite voile blanche aussi éclairée et qui donne bien la sensation de terreur de l’effet. Le bateau en carène ». Il s’agissait, dans l’ordre, de Saint Tropez. Le phare (1895, Grande-Bretagne, coll.part.), de Saint-Tropez. L’orage et de Saint-Tropez. Bateau en carénage (1895, localisation actuelle inconnue). En dépit du mouvement d’humeur exprimé plus haut, Signac n’était pas insensible à la beauté d’un ciel d’orage. Au cours de l’été de 1895, il s’en inspira pour en peindre deux tableaux; Saint Tropez. L’orage et Saint-Tropez. Après l’orage, qui comptent parmi ses plus belles réussites.
- La touche large, la simplification radicale des formes géométriques et de l’harmonie chromatique confèrent à cette marine une modernité qui surprend en ces années où les sinuosités décoratives et végétales de l’art nouveau gagnent tant d’oeuvres d’art.
- Signac renonce ici aux subtilités chromatiques de la première période néo-impressionniste. Ici, l’artiste traite la couleur en larges plages où il module plusieurs nuances d’un même ton et soumet rigoureusement l’ensemble de la composition à l’accord dominant, bleu et jaune. Le ciel bleu ardoise se reflète dans la mer, traduite ici comme une masse compacte, immobile, qui s’oppose au bloc jaune des façades. Une tartane rentre au port et le triangle blanc de la voile souligne l’aspect sombre et menaçant du ciel et de la mer. Le blanc rythme aussi la succession des maisons et des cheminées. Il confère à la lumière pâle qui les éclaire un éclat inhabituel. La couleur réduite à sa plus simple expression s’exprime ainsi avec plus de force et gagne en intensité.
- Les lignes du paysage sont, elles aussi, limitées à l’essentiel: l’horizontale de la mer et du quai, les verticales des façades et l’oblique de la voile. Seule concession à l’arabesque, les sinuosités tentaculaires d’un nuage expriment le mouvement du ciel.
- Le tableau fut exposé dès 1895 à Paris, à la galerie Bing, avant de figurer à la Sécession de Vienne en 1900. Quatre ans plus tard, il était accroché aux cimaises de la galerie Arnold à Dresde. Parfait exemple de la nouvelle esthétique prônée par Signac, il séduisit un jeune peintre allemand, Ivo Hauptmann, fils de l’écrivain Gerhart Hauptmann, Ivo était l’ami du comte Harry Kessler et d’Henry Van de Velde qui contribuaient alors activement à la diffusion du néo-impressionnisme en Allemagne. Il adopta la division de la couleur et fit la rencontre de Signac en 1910. L’année suivante il séjournait à Saint-Tropez et exposait au Salon des Indépendants. (Source Marina Ferretti Bocquillon, Le Néo-impressionnisme, De Seurat à Klee, Orsay, 2005)
