Nature morte de fleurs sur une table de marbre, Ruysch, 1716
by Vincent on jan.22, 2010, under PEINTURES HOLLANDAISES, RUYSCH Rachel
Rachel Ruysch, Nature morte de fleurs sur une table de marbre, 1716
Huile sur toile, 48,5 x 39,5 cm
Rijksmuseum, Amsterdam
Nous ne connaissons que 25 femmes peintres actives au XVIIè siècle, un très petit nombre comparé à leurs homologues masculins. C’étaient des filles de peintres ou bien des dames nanties, dont l’éducation comprenait obligatoirement le dessin et la peinture. Rachel Ruysch était probablement un mélange des deux. Sa mère était la fille de l’architecte Pieter Post (1608-1669), et son père, Frederic Ruysch, était peintre amateur et professeur d’anatomie et de botanique. De renommée internationale, il enseignait à La Haye et possédait une vaste collection de curiosités que Rachel Ruysch dessina à son gré, surtout dans ses premières peintures de paysages boisés, représentant des fleurs, des insectes, des lézards et d’autres créatures. En 1667, ses parents quittèrent La Haye pour Amsterdam. Dès son jeune âge, Rachel montra un intérêt pour la peinture: de Delft, Willem van Aelst (1627-1683 ou après). Van Aelst était connu pour lancer les carrières des femmes peintres talentueuses; son nom était aussi mentionné en relation avec une célèbre prédécesseur de Rachel, Maria van Oosterwijk. En 1693, Rachel épousa le portraitiste Jurriaen Pool (1666-1745) et, en 1701, le couple devint membre de la Confrérie Pictura, une guilde d’artiste de La Haye, tout en continuant à vivre à Amsterdam. Entre 1708 et 1716, elle fut peintre de cour pour l’électeur palatin Johann Wilhelm à Düsseldorf.
Cette composition florale date de la période suivante, la plus féconde de sa carrière; elle est typique de son oeuvre tardive. Un vase bleu sombre contenant un bouquet de fleurs ordinaires soigneusement agencé est posé sur une table de marbre, contre un fond sombre uni qui met en valeur les délicates roses roses et jaunes et les coquelicots d’un rouge vibrant. Les grandes fleurs ont été placées au milieu du tableau, où elles captaient la lumière, tandis que les feuilles et les fleurs autour des bords sont exécutées dans des couleurs sombres, donnant un volume convaincant à l’ensemble de la composition. Le reflet de la fenêtre dans le vase et les insectes rampant parmi les fleurs complètent l’illusion réaliste.
Les natures mortes de fleurs et de fruits de Rachel Ruysch furent universellement saluées de son vivant, et au moins onze poètes contemporains firent l’éloge de ses oeuvres dans des poèmes. La popularité de son oeuvre, et des compositions florales en général, reflétaient le grand intérêt pour la botanique aux Pays-Bas dans tout le XVIIè siècle. Cette passion est visible non seulement dans les nombreuses natures mortes de fleurs, mais aussi dans les décorations florales de l’époque, ornant dessus de table, tapisseries, objets en or et argent, carreaux de faïence, sculptures sur bois et cuir doré. Dans le cas de Rachel Ruysch, la profession de son père joua sans nul doute un grand rôle dans son goût pour les fleurs. (Source Ruud Priem)